Moscou resserre l’étau sur les services numériques étrangers. Apple et Microsoft figurent désormais sur le registre russe des « organisateurs de diffusion d’informations », une liste tenue par Roskomnadzor, le régulateur des communications. Les entreprises qui y sont inscrites sont tenues de conserver les communications de leurs utilisateurs et de les remettre aux services de sécurité sur demande. Pour les utilisateurs d’iPhone et d’iPad, la question est simple : que deviennent iMessage, FaceTime et iCloud dans ce cadre ?
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Une inscription datée du 2 octobre, révélée le 28 #
D’après Bloomberg, cité par Quartz, Roskomnadzor a placé les deux groupes américains sur sa liste le 2 octobre, selon la base de données que tient le régulateur. L’information n’a été rendue publique que le 28 octobre. MacGeneration précise qu’Apple y figure sous le numéro 594-RR, juste derrière Microsoft, inscrite sous le numéro 593-RR.
Apple n’est pas la première grande plateforme concernée. Google et son service d’appels vidéo Google Meet avaient rejoint ce même registre en janvier, toujours selon Bloomberg.
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Ce que la loi russe exige des entreprises inscrites #
Le dispositif est lourd. Les entreprises inscrites doivent conserver en Russie les messages écrits, audio et vidéo des utilisateurs situés dans le pays, ainsi que les informations sur ces utilisateurs et sur la manière dont leurs messages ont été envoyés. Ces données doivent être gardées trois ans et transmises aux services de sécurité sur demande, résume Quartz. Les entreprises qui ne s’y plient pas s’exposent à des sanctions, puis à des restrictions d’accès à leurs services en Russie.
Pour Apple, cette décision n’arrive pas par surprise. MacGeneration rappelle qu’elle est l’aboutissement d’un bras de fer judiciaire engagé il y a un an et demi : la firme avait déjà contesté ces exigences devant les tribunaux russes, sans succès. Le site souligne aussi le rôle du FSB, le service de sécurité intérieure, dans ce dossier.
Pourquoi c’est un casse-tête pour Apple #
Le problème est d’abord technique. iMessage et FaceTime sont chiffrés de bout en bout : Apple affirme ne pas pouvoir lire le contenu de ces échanges. Pour iCloud, la Protection avancée des données étend ce chiffrement à la plupart des contenus sauvegardés, si l’utilisateur l’active. Dans ces conditions, se conformer à la lettre aux exigences russes reviendrait à affaiblir ces protections, ce qu’Apple a toujours refusé de faire publiquement.
D’où l’alternative que pose MacGeneration dans son titre : céder ou partir. Céder affaiblirait le discours d’Apple sur la confidentialité, l’un de ses principaux arguments commerciaux. Refuser exposerait ses services à des restrictions dans le pays, comme d’autres plateformes étrangères en ont déjà subi.
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Et pour les utilisateurs en France ?
Rien ne change pour un iPhone ou un iPad utilisé en France. Les obligations du registre visent les utilisateurs situés en Russie et les données qui les concernent. En revanche, si vous échangez régulièrement avec des proches ou des collègues en Russie, l’évolution de ce dossier peut avoir des conséquences sur vos conversations, selon la réponse qu’Apple apportera.
Un registre qui s’étend année après année #
Le registre des organisateurs de diffusion d’informations n’est pas nouveau. Il s’appuie sur un cadre légal russe renforcé au fil des ans, qui oblige messageries, réseaux sociaux et services en ligne à stocker localement les données de leurs utilisateurs russes. Ce qui change aujourd’hui, c’est la taille des acteurs visés. Après Google en janvier, l’arrivée d’Apple et de Microsoft montre que Moscou ne se contente plus des plateformes locales ou de taille moyenne : les grands écosystèmes américains, présents sur des millions d’appareils, sont désormais concernés.
Pour Apple, l’enjeu dépasse le seul marché russe. Chaque concession accordée à un État peut être invoquée par d’autres gouvernements pour obtenir le même traitement. C’est pour cette raison que la firme défend depuis des années une ligne ferme sur le chiffrement, y compris face à des demandes venues des États-Unis ou du Royaume-Uni.
Les réglages de confidentialité à vérifier sur votre iPhone #
Cette affaire est l’occasion de faire le point sur vos propres réglages. Dans Réglages, touchez votre nom, puis iCloud : la Protection avancée des données y figure en bas de la liste. Elle chiffre de bout en bout vos sauvegardes, vos photos et vos notes, mais elle demande de configurer un contact ou une clé de récupération, car Apple ne pourra plus vous aider à récupérer vos données si vous perdez l’accès à votre compte.
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Pour la suite, tout dépendra de la réponse qu’Apple apportera à Roskomnadzor. Le dossier russe sera un test grandeur nature de sa promesse : la confidentialité des utilisateurs avant tout, y compris face à un État.




